- Par Isney Bariko
- 30/10/2025 16:27
Chargement
L’atelier, tenu le vendredi 27 juin à l’Hôtel Mémorial de Lomé, a marqué l’aboutissement d’une campagne digitale conjointe de trois semaines, portée par le Centre de Documentation et de Formation sur les Droits de l’Homme (CDFDH), le Collectif des Associations Contre l’Impunité au Togo (CACIT) et l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT-Togo), tous membres du réseau SOS Torture Afrique, en partenariat avec l’Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT).
Un score préoccupant et des enjeux urgents
Le diagnostic est sans appel : le Togo a obtenu un score global de 54/100 à l'Index Mondial de la Torture, le plaçant dans la catégorie des pays à risque considérable. Ce chiffre masque une réalité complexe et préoccupante, marquée par les détentions arbitraires, les violences basées sur le genre, des conditions carcérales alarmantes et une impunité persistante. Les données de cette phase pilote sont édifiantes : les prisons togolaises souffrent d'une surpopulation carcérale critique, une majorité de détenus attendent leur procès, et des enfants sont malheureusement incarcérés aux côtés d'adultes.
Bien que le cadre légal togolais criminalise explicitement la torture, les violences faites aux femmes et aux minorités restent largement sous-documentées, révélant un fossé entre la législation et son application.
L'Index, en tant qu'outil d'évaluation indépendant, combine habilement données factuelles, observations directes des acteurs locaux et analyses juridiques. Il permet d'évaluer les progrès et les lacunes à travers sept critères fondamentaux, allant des garanties juridiques existantes à la réparation effective des victimes. Lors de l'atelier, la présentation des résultats a été suivie d'un examen approfondi de la mise en œuvre des recommandations du Comité contre la torture. Les échanges ont abouti à l'identification de pistes concrètes, notamment l'intégration de la dimension de genre dans les politiques de prévention.

Au-delà de la simple photographie de la situation, l'atelier a surtout servi de levier de mobilisation. Le Secrétaire Général de l'ACAT-Togo, Bruno Haden a tiré la sonnette d'alarme, rappelant les violations commises lors des manifestations des 5, 6, 26, 27 et 28 juin 2025. Il a insisté sur le fait que les traitements inhumains ou dégradants sont également des actes de torture, et qu'en l'absence de mesures immédiates, le Togo risque de basculer dans la zone à risque très élevé dès 2026. Un appel à l'ouverture d'enquêtes sur ces incidents a été lancé.
De son côté, Esso-Dong Kongah, direceur executif du CDFDH a souligné l'importance de l'engagement collectif, voyant dans l'Index un levier essentiel pour améliorer la gouvernance, renforcer la prévention et garantir une meilleure protection des droits fondamentaux.
Guy Valère BADANARO, Coordonnateur du programme régional Afrique du CACIT a insisté sur la nécessité d'accéder à des données fiables pour piloter des réformes durables, affirmant que cet outil est crucial dans la lutte contre l'impunité.
L'atelier s'est achevé sur une série de recommandations unanimes : la réforme du Code de procédure pénale, l'amélioration des conditions de détention, l'adoption de mesures alternatives à l'incarcération, une meilleure prise en charge des victimes, et l'application effective des décisions judiciaires nationales et régionales.
Les participants ont également souligné l'importance cruciale de renforcer la coordination inter-institutionnelle et de maintenir un dialogue constant entre les autorités, la société civile et les partenaires techniques. Demain nous reviendront sur une analyse approfondie des principaux points abordés.
Si l'Index offre une image précise de la situation actuelle, seule une action collective et concertée permettra d'inverser durablement la tendance et d'assurer une protection accrue des droits humains au Togo. Rendez-vous demain pour revenir sur les prises de parole marquantes et les pistes d’action concrètes formulées au cours de cette journée d’échanges.