- Par Isney Bariko
- 01/04/2026 16:00
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Il y a d'abord eu une formation. En juillet 2025, dans le cadre du projet Naataann, soutenu par l'Australian High Commission Ghana à travers le Direct Aid Program, une vingtaine de femmes en situation de handicap ont été formées aux droits humains, à l'inclusion et à l'autonomisation. Mais l'ambition du programme allait plus loin que les salles de formation : ces femmes devaient devenir des paires éducatrices, capables de transmettre, de leur propre voix et à partir de leur propre vécu, ce qu'elles avaient appris.
Six mois plus tard, une mission de suivi menée du 18 au 20 février 2026 dans les localités de Sanguera, Awatamé et Tsévié est allée vérifier ce qu'il était advenu de cette ambition. L'équipe du CDFDH y a trouvé quinze femmes. Et bien plus que ce qu'elle espérait.

Dans leurs familles, leurs églises, leurs quartiers, leurs ateliers et leur vie quotidienne, ces femmes ont fait ce que nul expert extérieur n'aurait pu faire à leur place : elles ont parlé d'expérience vécue. Elles ont sensibilisé leurs entourages aux droits des personnes en situation de handicap, aidé à identifier des situations de violation, et encouragé la dénonciation des abus.
Leur force tient en un mot : la crédibilité. Celle que confère le fait d'avoir traversé ce dont on parle. Personne ne peut leur disputer ce terrain-là.
À Lomé, dans la commune de Golfe 5, Kafui Gnakpo a choisi son atelier de couture comme premier terrain d'action. Elle y a sensibilisé une quinzaine de clientes aux droits des personnes handicapées, et accompagné l'une d'entre elles vers la création d'une activité génératrice de revenus. Mais Kafui ne s'est pas arrêtée là. Elle a franchi un seuil supplémentaire, celui du dialogue avec les institutions. Invitée à une table d'honneur aux côtés du maire d'Agoé Nyivé 5 à Sanguera, elle a pris la parole pour plaider l'inclusion et la participation des femmes et des personnes handicapées dans la vie publique locale. Une couturière face à un élu, portant le message que Naataann lui avait aidé à formuler.

Là où d'autres auraient vu une activité artisanale, Abinah a construit un outil de plaidoyer discret, ancré dans le quotidien, et d'une portée que les chiffres peinent à mesurer.

Ce que la mission de suivi a documenté dépasse le simple bilan d'activités. Ces femmes ne se définissent plus comme les destinataires d'un projet. Elles en sont devenues les prolongements vivants ; dans leurs foyers, leurs communautés, leurs réseaux professionnels.
En faisant de leur propre parcours un outil de transformation collective, elles apportent une preuve que le projet Naataann cherchait à établir : l'inclusion ne se décrète pas depuis l'extérieur. Elle se construit de l'intérieur, portée par celles et ceux qui la vivent.
L'élan observé dans la région Maritime rejoint celui documenté à Kara et à Dapaong. D'une région à l'autre, une même dynamique se confirme : les femmes formées dans le cadre de Naataann ne transmettent pas seulement un savoir. Elles transmettent une manière d'être au monde — debout, visible, et déterminées à changer les regards.
