- Par Isney Bariko
- 01/04/2026 16:00
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Au Togo, dans les régions de la Kara et des Savanes, une transformation est en cours. Des femmes en situation de handicap longtemps confinées dans la dépendance et l'invisibilité sont en train de devenir des actrices de changement dans leurs communautés. C'est ce qu'a documenté le Centre de Documentation et de Formation sur les Droits de l'Homme (CDFDH) lors d'une mission de suivi conduite du 24 février au 3 mars 2026.
Cette mission avait pour but de retrouver une vingtaine de femmes ayant participé, en août 2025, à l'atelier du projet Naataann, un programme de renforcement des capacités pour les femmes en situation de handicap et mesurer les changements dans leur vie depuis lors.

À Kara, l'équipe est allée à la rencontre de neuf bénéficiaires. Ce qu'elle a découvert l'a surprise. Plusieurs de ces femmes poursuivent des études universitaires, mais elles ne s'arrêtent pas là. Charlotte Lemou, étudiante et militante, a décidé de mettre son parcours au service des autres. Elle dénonce publiquement le manque d'accessibilité des bâtiments universitaires et accompagne d'autres personnes en situation de handicap dans leurs démarches.
À ses côtés, Naka Pidassa a, elle aussi, franchi un cap. « Je n'ai plus peur de prendre la parole pour défendre les personnes en situation de handicap et favoriser leur inclusion dans la société », confie-t-elle. Une affirmation qui, pour une femme qui a grandi dans une société où le handicap est trop souvent synonyme d'exclusion, a tout d'une révolution intérieure.
À Dapaong, des ateliers s'ouvrent, des vies changent
À Dapaong, ville qui a donné son nom au projet dans l'une de ses langues locales, les constats de l'équipe de suivi vont dans le même sens, voire au-delà. Marina Lanboni s'est lancée dans des campagnes de sensibilisation auprès d'autres femmes. « Après Naataann, je suis devenue plus confiante », dit-elle. Elle porte désormais un message simple mais puissant : « Le handicap n'empêche pas d'avoir des ambitions. »
Mais c'est peut-être l'histoire d'Oumou Ali qui illustre le mieux la portée concrète du programme. Survivante d'un double handicap (visuel et moteur), Oumou a ouvert son propre atelier après la formation. « La formation m'a permis de comprendre que l'autonomisation économique est fondamentale pour devenir une actrice de changement dans ma communauté », explique-t-elle. Aujourd'hui, elle subvient à ses propres besoins et inspire les femmes de son entourage.

Ces témoignages ne sont pas isolés. Ils s'inscrivent dans une dynamique plus large que le CDFDH observe avec satisfaction : les femmes formées dans le cadre de Naataann ne sont plus de simples bénéficiaires. Elles sont devenues des paires éducatrices, des porte-voix, des entrepreneuses.
Au-delà des histoires individuelles, c'est un modèle d'inclusion qui se teste sur le terrain et qui fonctionne. La mission de suivi le confirme : l'élan initié par Naataann ne s'est pas essoufflé. Il se développe, communauté après communauté, femme après femme.
Cette dynamique n'aurait pas été possible sans une coalition d'acteurs déterminés. L'initiative est rendue possible grâce au soutien de l'Australian High Commission Ghana, qui finance le programme à travers son Direct Aid Program. Sur le terrain, le CDFDH est accompagné par des organisations partenaires dont l'engagement est au cœur du dispositif : Fetaph Togo, Alternative Leadership Group (ALG), CAJS Officiel, les Tantines de la Kara, et l'Association des Femmes et Filles Handicapées Vaillantes des Savanes.
