- Par Isney Bariko
- 13/06/2025 17:24
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Originaire de la région centrale du Togo, Batcha Bilal a grandi en voyant des jeunes filles mariées de force, des femmes battues en silence et des personnes en situation de handicap jugées à part. « Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi le “non” d’une femme ne comptait pas », confie‑t‑il, la voix pleine d’émotion. Cette colère douce, née de l’injustice, est devenue le point de départ de son engagement.
La rencontre qui a tout déclenché
En 2024, il rejoint l’association Tchowoure dans la région des savanes à Dapaong, un tournant décisif : « Grâce à Tchowoure, j’ai pu transformer ma colère en action », affirme-t‑il. Aux côtés de sa mentor, Madame Mamadou Touré Reyhanath, il se forme aux droits humains, à l’égalité de genre et à la santé sexuelle et reproductive.
Toujours avide d’outils nouveaux, Bilal participe à un atelier du CDFDH (Centre de Documentation et de Formation sur les Droits de l’Homme). Pendant trois jours, il y apprend la protection de l’espace civique numérique, sécurisation des données, lutte contre la désinformation, bonnes pratiques en ligne. C’est là qu’il découvre le réseau Watch, une plateforme de jeunes défenseur·es des droits humains qui partagent leurs méthodes et se soutiennent face aux menaces numériques. Intégrer Watch lui offre un espace d’échanges internationaux et renforce sa capacité à diffuser ses messages en toute sécurité.
Pendant trois jours, le jeune militant y a appris, avec ses pairs, à protéger leurs données personnelles et à identifier les risques liés à l’usage d’internet. Cette formation lui ouvre les porte du reseau des jeunes défenseurs Watch.
Ces rencontres ont nourri son projet : conscient que les réseaux sociaux peuvent être des leviers de changement, il a désormais les clés pour y partager ses messages en toute sécurité. Bilal a gagné en assurance pour prendre la parole dans les villages, interpeler l’autorité traditionnelle ou organiser des séances de sensibilisation
Un parcours non exempt d’embûches
« Il n’y a point de prophète chez soi », dit-on ; cela s’est vérifié pour lui. Certains lui reprochaient son engagement, estimant qu’« un jeune garçon ne peut pas défendre les droits des femmes ». Mais ces doutes l’ont renforcé : « Ça ne m’a pas découragé ». Son deuxième défi majeur reste financier : « Notre travail exige beaucoup de moyens », constate t il sobrement, conscient que chaque atelier et chaque déplacement nécessitent un soutien régulier.
Aujourd’hui, à peine trentenaire et loin de se décourager, Bilal reste déterminé à consacrer chaque jour à « créer un espace de parole pour les jeunes filles ». Sous l’ombre d’un karité ou d’un manguier, il anime des ateliers où elles osent s’exprimer sur leurs peurs, leurs rêves et leurs droits. « Quand je les vois prendre la parole pour se défendre, mon cœur se remplit de joie », dit il, un sourire illuminant son regard. Peu à peu, les mentalités évoluent : des pères autrefois sceptiques deviennent les premiers soutiens de la scolarisation des filles.
Son histoire nous rappelle qu’une seule voix, portée avec courage et humanité, peut déclencher une véritable onde de changement, même dans les savanes les plus reculées.