2026-03-05 17:37:34

Barota Françoise : l'histoire de celle qui brise les tabous menstruels


Barota Françoise : l'histoire de celle qui brise les tabous menstruels

Née dans un village rural du Togo et confrontée dès l’adolescence aux silences pesants autour des règles, Françoise Barota a fait de son histoire personnelle le socle d’un projet ambitieux : « Hygene For She ». Aujourd’hui responsable de la Fondation « Se Reines » et membre du réseau de jeunes défenseurs « Watch! », elle parcourt sa région pour informer, outiller et redonner confiance à des centaines de jeunes filles. Portrait d’une détermination née de la douleur et portée par l’espoir.

Des racines douloureuses à l’engagement social

Françoise grandit dans une petite localité où parler de santé sexuelle et reproductive relève de l’impensable. « Je n’ai jamais eu droit à une explication en famille », confie-t-elle. À quinze ans, sans information ni soutien, elle découvre seule l’arrivée de ses premières règles ; trois ans plus tard, elle tombe enceinte. Cette expérience la plonge dans une spirale d’incompréhension et de jugements : « On m’a traitée de fille facile. J’ai compris que l’ignorance peut détruire des vies », se souvient-elle.

Après des études en lettres modernes et plusieurs missions de bénévolat, elle rejoint l’association de jeunes filles ANGWoL (Association of New Generation Women Leaders), marquant le début de son engagement social. Elle fonde ensuite la Fondation Se Reines avec l’objectif de redonner aux jeunes filles la connaissance qui lui a manqué et, surtout, la fierté d’être femme. Ce parcours personnel a posé les bases de ses futures initiatives.

« Hygene For She » : briser les tabous, une serviette à la fois

Lancée en 2023, l’initiative « Hygene For She » s’articule autour d’ateliers interactifs et de distribution de serviettes hygiéniques réutilisables. « C’est un double combat : informer et fournir des outils durables », explique Françoise. Chaque session commence par son témoignage personnel, un choix délibéré : « Quand je raconte ma propre histoire, je vois immédiatement les visages se détendre ; les jeunes comprennent qu’elles ne sont pas seules ».

Les 26 et 29 mars 2025, le projet a pris vie dans trois localités du Togo : Niamtougou, Ténéga et Siou. Au total, 122 filles et filles mères, principalement des apprenantes scolarisées et non scolarisées, ont participé à ces sessions. Les ateliers ont abordé des sujets essentiels comme la santé sexuelle et reproductive des jeunes (SSRJ), l’hygiène menstruelle, la puberté, les menstruations, les infections sexuellement transmissibles, les grossesses précoces et les bonnes pratiques d’hygiène menstruelle. À la fin de chaque session, des serviettes hygiéniques réutilisables ont été distribuées, offrant une solution durable aux participantes. Ces ateliers ont non seulement éduqué mais aussi autonomisé les participantes.

Lever les freins et mobiliser les soutiens

Rien n’a été simple pour Françoise : « J’ai frappé à des dizaines de portes : autorités locales, ONG, amis… On me disait souvent que je devais confier le projet à une grande structure ou que je bénéficiais déjà de fonds importants », raconte-t-elle. En réalité, tout est parti de ses économies personnelles et de la solidarité de son entourage.

Pour convaincre les autorités locales, elle a organisé des réunions de sensibilisation en amont ; pour mobiliser les participantes, elle a sollicité les clubs scolaires et les relais communautaires. « Certains chefs traditionnels étaient sceptiques », avoue-t-elle, « mais quand ils ont vu la détermination des filles, ils ont compris qu’il ne s’agissait pas d’un simple atelier, mais d’une véritable révolution silencieuse. »

Malgré ces obstacles, ses efforts ont commencé à porter leurs fruits.Les participantes ont rapporté une nouvelle confiance dans la gestion de leur santé menstruelle, et la distribution de serviettes hygiéniques réutilisables a fourni une solution durable à un besoin pressant. Le succès du projet a également inspiré des plans d’expansion, Françoise visant à atteindre encore plus de filles dans les années à venir. Le succès de ces initiatives a ouvert la voie à de futurs projets.

Vers de nouveaux horizons

Forte de ces succès, Françoise prépare déjà la prochaine édition : ateliers de fabrication de serviettes réutilisables, interventions de professionnels de santé, création d’un espace permanent d’écoute. Elle rêve aussi de fédérer un réseau national de volontaires : « Mon ambition est que chaque fille, quel que soit son village, ait accès à l’information et aux outils nécessaires pour vivre ses règles avec dignité. »

Au cœur de son engagement, Françoise s’est appuyée sur le réseau de jeunes défenseurs « Watch! ». Elle explique : « Leur accompagnement sur le terrain, leurs initiatives ciblées et cet esprit de solidarité m’ont permis de consolider mes compétences, d’affiner ma compréhension des enjeux sociaux et de m’investir pleinement dans des projets porteurs de changement pour ma communauté. »

De son propre aveu, Françoise n’a jamais cherché à devenir une héroïne ; elle est simplement la gardienne d’une parole longtemps tue. À travers « Hygene For She », elle offre aux jeunes filles le droit fondamental de connaître leur corps et de se l’approprier. Et si, un jour, son projet devenait un modèle exporté dans toute l’Afrique de l’Ouest et ailleurs, ce ne serait que la suite logique d’une trajectoire commencée dans le silence et aboutie dans la lumière.

« J’ai compris que je pouvais transformer ma douleur en force », conclut-elle, « et cette force, je veux la transmettre aux filles, un atelier à la fois ».

Auteur

Par Isney Bariko

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