- Par Isney Bariko
- 04/02/2026 12:19
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Selon l’Union africaine, la corruption coûterait chaque année près de 148 milliards de dollars au continent, soit environ 25 % de son produit intérieur brut. Un manque à gagner qui affecte directement les collectivités locales et freine le développement des services publics. À Sanguéra, les autorités locales et la société civile entendent désormais inverser la tendance.
Un guide pensé pour l’action citoyenne
Invité à prendre la parole, le maire de la commune, Pierre Lamadokou, a illustré les effets concrets de la bonne gouvernance à travers l’exemple du marché local. Longtemps marqué par des pratiques informelles, occupation anarchique des places et non-paiement des tickets , le site a fait l’objet d’une restructuration.
Résultat : la commune encaisse aujourd’hui près de 800 000 francs CFA par mois, une recette désormais affectée à l’amélioration des services publics. « La lutte contre la corruption n’est pas théorique. Elle se traduit par des ressources supplémentaires pour la commune », a-t-il souligné devant une quarantaine de participants.

Représentant la HAPLUCIA, un intervenant a rappelé que les jeunes et les femmes figurent parmi les premières victimes des systèmes corrompus, en raison de leur forte dépendance aux services publics. Dans un continent où la jeunesse représente près de 60 % de la population, son engagement est jugé déterminant pour un changement durable.
Dans cette dynamique, une annonce a retenu l’attention : l’introduction, dès l’année scolaire 2025-2026, de modules d’éducation à la lutte contre la corruption dans les établissements scolaires, à titre expérimental. L’objectif affiché est de former une nouvelle génération sensibilisée aux valeurs d’intégrité dès le plus jeune âge.
Présentant le document, Hénoc Ayivor, responsable du Centre BELIEVE, a insisté sur son caractère pratique. Le guide explique les mécanismes de la corruption, définit les principes de la citoyenneté active et détaille les procédures de dénonciation existantes.
Conçu pour être accessible au plus grand nombre, il vise à outiller les citoyens afin qu’ils puissent exiger davantage de transparence dans la gestion des affaires publiques.
Une remise symbolique du guide aux autorités locales et aux leaders communautaires a marqué la fin de la cérémonie. La version téléchargeable du guide est disponible ici : https://tinyurl.com/mv8n6usk.

Si les organisateurs se félicitent de la mobilisation enregistrée, ils reconnaissent que le principal défi reste à venir. La peur des représailles et la méfiance envers les mécanismes de protection continuent de freiner les dénonciations. Pour ALG, la réussite de cette initiative repose sur trois conditions : le courage citoyen, l’appropriation communautaire du guide et la mobilisation de ressources durables pour assurer un suivi dans le temps.
« L’intégrité est la base du marché moderne que nous voulons construire », a rappelé Mme Allah, vice-présidente des femmes du marché de Sanguéra.
Dans la commune, la lutte contre la corruption ne se veut plus un slogan, mais un chantier de long terme.