- Par Isney Bariko
- 04/02/2026 12:19
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Sous le soleil généreux de la cité des hôtes, à Kara, une voix d'abord timide, puis pleine d’assurance, raconte :
« Une fois, on m’a demandé un “petit quelque chose” pour accélérer un dossier… », confie un jeune homme, les yeux baissés. Autour de lui, une trentaine d’autres hochent la tête. Tous savent de quoi il parle.
Trois jours pour réveiller les consciences
Ils sont venus de huit régions du Togo – de Dapaong à Aného – pour comprendre, débattre et surtout trouver comment agir. Chacun a pu raconter, sans fard, ces petits gestes du quotidien où l’intégrité se négocie, où le silence devient complicité.
Dès le premier jour, le ton a été donné. M. Méyaba Abilimou demande : « Qu’avez-vous déjà fait ou accepté sans oser le nommer ? » Le silence s’installe au début. Puis les langues se délient, les histoires affluent — celle d’un petit billet glissé pour un papier administratif, d’un favoritisme dans un concours, d’une injustice à laquelle on s’est résigné.

« J’ai compris que la corruption ne commence pas en haut, mais dans nos gestes à nous », souffle Jeannette Kondo, venue d’Atakpamé. « C’est aussi quand on se tait, quand on laisse passer. »
De spectateurs à acteurs du changement
Les jours suivants, place à la pratique. Sous la houlette de Wakilou Biyao, les jeunes apprennent à observer, documenter et alerter sur les abus. Sur un tableau, on dessine une carte imaginaire de leur commune : marchés, écoles, hôpitaux. « Regardez autour de vous, » lance le formateur, « où commence le manque de transparence ? »
Des clubs radios pour parler d’intégrité, des ateliers dans les lycées, des groupes de veille citoyenne : les huit Clubs Communautaires de Citoyenneté (CCC) du Togo repartent chacun avec un plan d’action local.
« Avant, je pensais que la lutte contre la corruption, c’était l’affaire du gouvernement », raconte Modestine, d’Awatamé. « Maintenant, je vois que ça commence par moi. »
Une nouvelle génération en marche
À la clôture, les applaudissements résonnent sous la grande tente. Certains ont les yeux humides, d’autres tiennent fièrement leur attestation. Mais ce que tous emportent, c’est une conviction : la corruption n’est pas une fatalité.
« Ce qui naît ici, c’est un mouvement citoyen », s’enthousiasme Ahouefa Sossou, secrétaire exécutive de l’ALG. « Ces jeunes sont les visages d’un Togo nouveau : exigeant, courageux, intègre. »
