2026-02-15 07:50:52

À Kara, des jeunes décidés à ne plus fermer les yeux devant la corruption

Du 23 au 25 octobre, Kara a accueilli l’Académie nationale de l’intégrité et de la gouvernance locale, organisée par Alternative Leadership Group (ALG) avec le soutien de la GIZ et de la HAPLUCIA. Pendant trois jours, 25 jeunes ont partagé ces histoires du quotidien qui disent, mieux que n’importe quel discours, à quel point la corruption s’infiltre dans la vie de tous les jours.


À Kara, des jeunes décidés à ne plus fermer les yeux devant la corruption

Sous le soleil généreux de la cité des hôtes, à Kara, une voix d'abord timide, puis pleine d’assurance, raconte :
« Une fois, on m’a demandé un “petit quelque chose” pour accélérer un dossier… », confie un jeune homme, les yeux baissés. Autour de lui, une trentaine d’autres hochent la tête. Tous savent de quoi il parle.

Trois jours pour réveiller les consciences

Ils sont venus de huit régions du Togo – de Dapaong à Aného – pour comprendre, débattre et surtout trouver comment agir. Chacun a pu raconter, sans fard, ces petits gestes du quotidien où l’intégrité se négocie, où le silence devient complicité.

Dès le premier jour, le ton a été donné. M. Méyaba Abilimou demande : « Qu’avez-vous déjà fait ou accepté sans oser le nommer ? » Le silence s’installe au début. Puis les langues se délient, les histoires affluent — celle d’un petit billet glissé pour un papier administratif, d’un favoritisme dans un concours, d’une injustice à laquelle on s’est résigné.

Des jeunes attentif en plein exercice pratique de cartographie citoyenne, sous la direction de Wakilou Biyao
À travers des discussions franches et des travaux de groupe, les jeunes ont déconstruit les mécanismes de la corruption et réfléchi à des solutions locales. La HAPLUCIA a également apporté un éclairage juridique, rappelant les textes et institutions existants pour protéger les lanceurs d’alerte et encourager la transparence publique.

« J’ai compris que la corruption ne commence pas en haut, mais dans nos gestes à nous », souffle Jeannette Kondo, venue d’Atakpamé. « C’est aussi quand on se tait, quand on laisse passer. »

De spectateurs à acteurs du changement

Les jours suivants, place à la pratique. Sous la houlette de Wakilou Biyao, les jeunes apprennent à observer, documenter et alerter sur les abus. Sur un tableau, on dessine une carte imaginaire de leur commune : marchés, écoles, hôpitaux. « Regardez autour de vous, » lance le formateur, « où commence le manque de transparence ? »

Des clubs radios pour parler d’intégrité, des ateliers dans les lycées, des groupes de veille citoyenne : les huit Clubs Communautaires de Citoyenneté (CCC) du Togo repartent chacun avec un plan d’action local.

« Avant, je pensais que la lutte contre la corruption, c’était l’affaire du gouvernement », raconte Modestine, d’Awatamé. « Maintenant, je vois que ça commence par moi. »

Une nouvelle génération en marche

À la clôture, les applaudissements résonnent sous la grande tente. Certains ont les yeux humides, d’autres tiennent fièrement leur attestation. Mais ce que tous emportent, c’est une conviction : la corruption n’est pas une fatalité.

« Ce qui naît ici, c’est un mouvement citoyen », s’enthousiasme Ahouefa Sossou, secrétaire exécutive de l’ALG. « Ces jeunes sont les visages d’un Togo nouveau : exigeant, courageux, intègre. »

Ahouefa Sossou, en séance avec les jeunes
En trois jours, plus de 60 jeunes ont été formés à l’observation citoyenne, à la transparence et à la gouvernance locale.

Auteur

Par Isney Bariko

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