- Par Isney Bariko
- 10/12/2025 15:39
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Dans un pays où l’interruption volontaire de grossesse (IVG) est strictement encadrée par la loi, de nombreuses jeunes filles se retrouvent contraintes de recourir à des pratiques dangereuses pour interrompre une grossesse non désirée.
Un cadre légal strict et déconnecté des réalités
Au Togo, l’avortement n’est autorisé que dans des cas précis : danger pour la vie de la mère, viol, inceste ou malformation grave du fœtus. En dehors de ce cadre, la loi prévoit des peines de prison pour la femme et pour le praticien. Ce dispositif, hérité en partie du Code pénal de 1980 et légèrement assoupli en 2007, reste éloigné des réalités sociales et sanitaires actuelles.
Si la pratique a reculé entre 2015 et 2017, notamment en raison de décès fréquents et d’arrestations liées à la loi, elle est repartie à la hausse ces dernières années. Le personnel de santé de Niamtougou observe impuissant la reprise de ces avortements clandestins, souvent effectués dans des conditions d’hygiène déplorables.
Les causes sont multiples : accès limité aux services de santé, tabous persistants, désinformation, absence d’éducation sexuelle, manque de moyens de contraception. Pour les adolescentes, souvent mineures, la peur du rejet familial et la honte sociale l’emportent sur la prudence médicale. Beaucoup se tournent vers des décoctions traditionnelles ou des instruments artisanaux, au risque de provoquer des hémorragies, infections, stérilité, voire la mort.
Le silence social autour du sujet aggrave la situation. Les jeunes filles en détresse consultent souvent trop tard ou pas du tout, craignant jugement et poursuites. Les soignants, eux, interviennent avec prudence, redoutant d’être accusés si l’IVG ne rentre pas dans le cadre légal.
À Niamtougou comme ailleurs, interdire ne réduit pas le nombre d’avortements : cela rend simplement la pratique plus dangereuse, et ce sont les femmes les plus pauvres et les plus isolées qui en paient le prix fort.
Les acteurs de terrain appellent à un débat national incluant la réalité des femmes rurales. Pour eux, il ne s’agit pas de promouvoir l’avortement, mais de sauver des vies, de garantir la dignité et la santé des filles et des femmes, et de revoir la loi afin d’adopter une approche plus humaine et adaptée aux besoins actuels.
Par Barota Françoise