2026-04-29 07:46:44

50 ans au service de l’humanité : le CICR, entre discrétion, dignité et impact durable au Togo

Le 28 mai 2025, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a célébré à Lomé ses 50 années de présence continue au Togo. Loin des projecteurs, mais au plus près des douleurs humaines, le CICR a construit une action fondée sur la neutralité, l’impartialité, l’indépendance et l’humanité. Retour sur une cérémonie sobre mais intense, et sur cinq décennies d’engagement auprès des plus vulnérables.


50 ans au service de l’humanité : le CICR, entre discrétion, dignité et impact durable au Togo

Une célébration à l’image de l’institution : sobre, digne, engagée

C’est dans la prestigieuse salle Concorde de l’Hôtel 2 Février, en présence de partenaires institutionnels, d’organisations humanitaires, d’artistes engagés et de diplomates, que le CICR a marqué ce demi-siècle d’action au Togo. La cérémonie s’est déroulée dans un esprit de sobriété et de profondeur, fidèle à la philosophie de l’institution.

Le président national de la Croix-Rouge Togolaise (CRT), M. Edjam KOSSI, a retracé les grandes actions de l’engagement du Comité au Togo depuis 1975 : assistance aux réfugiés, soutien aux détenus, protection des personnes déplacées, renforcement des centres de réadaptation physique, coopération avec les sociétés nationales de la Croix-Rouge. Un engagement traversé par une même ligne de force : protéger la vie et la dignité humaine.

Dans les prisons, une action silencieuse, mais décisive

Si le CICR refuse les projecteurs, c’est parce que son action se joue dans la discrétion, au sein même des espaces les plus fermés de notre société : les lieux de détention. Depuis 50 ans, ses équipes multiplient les visites confidentielles dans les prisons togolaises pour évaluer les conditions de détention, dialoguer avec les autorités, et encourager des améliorations concrètes dans une approche constructive.

Entre janvier et mai 2025, des visites ont été menées dans plusieurs établissements pénitentiaires, avec des résultats tangibles : amélioration de l’alimentation, meilleure accessibilité aux soins, et renforcement du respect des droits fondamentaux. Dans un pays où les conditions carcérales demeurent un défi, ces interventions discrètes mais rigoureuses sauvent des vies et restaurent l’humanité derrière les murs.
« La dignité ne s’arrête pas aux portes d’une prison », a affirmé Gilles Carbonnier, vice-président du CICR, lors de son intervention. « Elle s’affirme précisément là où elle est le plus menacée. »

Dans les régions, des réponses vitales et concrètes

L’action du CICR dépasse largement les établissements pénitentiaires. Dans la région des Savanes, théâtre de tensions sécuritaires, le CICR a déployé une réponse humanitaire multisectorielle. Au total et à titre d’exemple, entre 2024 et 2025, 1 500 familles déplacées, soit environ 10 500 personnes ont bénéficié d’une assistance alimentaire, comprenant 106,5 tonnes de vivres distribuées dans les localités les plus touchées. Par ailleurs, 280 cas de rétablissement des liens familiaux ont été pris en charge, permettant à des proches séparés de se retrouver.

L’accès à l’eau potable a également été renforcé : 2 212 personnes ont pu en bénéficier grâce à la mise en service de nouveaux forages, tandis que 2 218 autres ont retrouvé un accès sécurisé à l’eau après la réhabilitation d’infrastructures hydrauliques devenues vétustes.

Enfin, pour améliorer la prise en charge sanitaire dans les zones reculées, une ambulance médicalisée a été remise à la Croix-Rouge Togolaise. Ces actions ne relèvent pas de l’assistanat, mais d’une approche fondée sur les principes humanitaires: neutralité, impartialité, indépendance, humanité. Ce sont ces fondements qui permettent d’intervenir dans les zones les plus sensibles, auprès de toutes les parties, et toujours dans l’intérêt des bénéficiaires.

Des valeurs qui transcendent les crises

Au-delà des chiffres et des actions, ce cinquantenaire a été l’occasion de revisiter l’âme du CICR. Créé en 1863, le CICR agit selon une philosophie unique dans le paysage humanitaire : il ne prend pas parti, ne cherche pas la lumière, mais agit avec constance là où les droits sont bafoués.
« Ce demi-siècle d’engagement humanitaire au Togo témoigne de notre détermination à protéger la vie et la dignité des personnes affectées par les conflits et la violence », a rappelé Mme Mikafui Akué Djessoa, cheffe de mission du CICR au Togo. « Nous continuerons à œuvrer aux côtés des communautés [dans le cadre du mandat de l’organisation] pour répondre à leurs besoins essentiels » a-t-elle ajouté.

Une cérémonie, un héritage, un cap pour demain

La cérémonie de Lomé n’était pas une fin, mais un jalon. Participants à cette activité, le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, de l’Intégration Régionale et des Togolais de l’Extérieur, M. Ousmane Afo Salifou, a rendu un vibrant hommage à l’institution, saluant « un partenariat responsable et efficace, fondé sur la confiance et le respect mutuel ».

La soirée a aussi été marquée par des prestations artistiques à travers lesquelles le public a été invité à ressentir l’essence de l’action humanitaire : la solidarité dans l’ombre, la dignité comme boussole. La soirée s’est achevée par un cocktail, des échanges fraternels, et la conviction partagée que l’humanitaire doit rester enraciné, silencieux, mais profondément humain. 

A l’heure où les crises s’intensifient et se déplacent, le CICR nous rappelle que la dignité humaine n’a ni frontière, ni expiration. Elle se défend chaque jour, au nom de tous.


Auteur

Par Isney Bariko

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