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La société civile réclame la libération immédiate de 48 activistes togolais détenus

La société civile réclame la libération immédiate de 48 activistes togolais détenus
Anonyme
24 Oct 2025, 12:11
Liberté d'expression 490 vues

Depuis le 5 juin 2025, au moins 133 jeunes activistes togolais·es ayant pris la parole ou participé pacifiquement à des rassemblements pour défendre des revendications citoyennes ont été arrêté·es arbitrairement, dont 48 sont encore détenu·es à ce jour. Vingt organisations de la société civile, internationales, régionales et nationales, réclament aujourd’hui leur libération immédiate et inconditionnelle et expriment leurs vives inquiétudes face à la fermeture progressive de l’espace civique au Togo depuis l’instauration de la Ve République.

Officialisée le 3 mai 2025, cette nouvelle République a permis à Faure Gnassingbé, alors Président de la République achevant son quatrième mandat, de devenir Président du Conseil des ministres, une fonction sans limitation de mandat ni de pouvoir. Les contestations émises par l’opposition et la société civile à ce changement de régime ont été étouffées: les manifestations interdites, et les voix critiques intimidées ou emprisonnées. La détention au secret et les actes de torture infligés à l’artiste engagé et cyberactiviste Aamron le 28 mai 2025, en représailles à ses prises de position sur les réseaux sociaux, ont marqué le déclenchement d’un mouvement de révolte de la jeunesse togolaise, en quête de justice sociale et de dignité.

Les 5 et 6 juin, puis les 26, 27 et 28 juin 2025, des centaines de jeunes sont descendu·es dans les rues pour exprimer leur colère. Ces manifestations pacifiques ont été violemment réprimées. Selon le Groupe d’intervention judiciaire Afrique de l’OMCT, on compte au moins cinq exécutions extrajudiciaires, 21 cas de torture et 105 arrestations arbitraires, dont 18 personnes condamnées à douze mois de prison, avec onze mois assortis de sursis. Ces événements ont ravivé le souvenir douloureux des répressions sanglantes de 2017.

Depuis lors, les autorités togolaises se sont engagées dans une répression systématique de toute voix dissidente, ciblant particulièrement la Génération Z. Les restrictions d’accès aux réseaux sociaux et à Internet, la criminalisation des "likes" sur ces plateformes (non prévue par le Code pénal), l’interdiction et la répression de toute tentative de manifestation, ainsi que la traque des jeunes activistes, parfois par infiltration de leurs conversations privées sur WhatsApp, en sont des exemples.

Les vingt organisations signataires ont recensé au moins 133 disparitions forcées de courte durée et arrestations arbitraires depuis le début des manifestations, en plus du harcèlement judiciaire, des menaces et intimidations quotidiennes.

Ces interpellations se sont souvent déroulées en violation des procédures légales, sans mandat d’arrêt ni information sur les motifs. Plusieurs activistes ont rapporté avoir été torturés, maltraités ou agressés sexuellement en détention, privés de soins, de visites familiales ou de contact avec leur avocat.

Malgré les nombreuses alertes lancées par la société civile et les procédures spéciales des Nations Unies depuis le début de l’année, le Togo n’a pris aucune mesure pour libérer les défenseur·es détenu·es arbitrairement, ouvrir des enquêtes indépendantes sur les violations signalées, ou répondre aux revendications sociales légitimes des citoyen·nes. Le gouvernement n’a pas non plus garanti le plein exercice des libertés civiques, pourtant essentielles à la paix et à la démocratie, comme le rappelait lui-même Faure Gnassingbé lors du Lomé Peace and Security Forum II.

Les organisations signataires condamnent fermement la criminalisation des jeunes activistes et exigent leur libération immédiate et inconditionnelle, conformément aux engagements du Togo au titre de ses obligations nationales, régionales et internationales en matière de liberté d’expression et de réunion pacifique.

Cela inclut les articles 5 et 9 de la partie annexe de la nouvelle Constitution togolaise, les articles 9 et 10 de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples, ainsi que les articles 19 et 22 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques des Nations Unies.